BTS NDRC CEJM · Choisir sa structure

Structures juridiques

Le choix de la forme juridique est la décision la plus structurante à la création : il impacte la responsabilité du créateur, la fiscalité, le régime social, le capital nécessaire et la capacité à lever des fonds. Cette fiche présente les 8 structures à connaître pour le BTS NDRC, avec un tableau comparatif et un arbre de décision.

Tableau comparatif des 8 structures

EI EURL SARL SASU SAS SA SCOP
Associés 1 (entrepreneur) 1 2 à 100 1 2 ou + 2 min · 7 si appel public à l'épargne ≥ 2 (SARL) ou 7 (SA)
Capital min. Libre Libre Libre Libre 37 000 € Libre
Personnalité morale ❌ (rattachée à la personne)
Responsabilité Patrimoine perso protégé depuis 15 mai 2022 (sauf caution) Limitée aux apports Limitée aux apports Limitée aux apports Limitée aux apports Limitée aux apports Limitée aux apports
Statut social dirigeant TNS TNS si gérant associé TNS si gérant majoritaire · assimilé salarié sinon Assimilé salarié Assimilé salarié Assimilé salarié Salarié associé
Imposition par défaut IR (BIC/BNC) IR (option IS) IS (option IR sous conditions) IS (option IR sous conditions, < 5 ans) IS (option IR sous conditions, < 5 ans) IS IS
Transmission Cession du fonds de commerce Cession libre des parts Cession à des tiers soumise à agrément Cession libre Cession libre ou organisée par les statuts Cession libre entre actionnaires Cession aux salariés associés
Lecture express · EI = solo simple · EURL/SARL = solo ou famille avec souplesse · SASU/SAS = solo ou groupe avec investisseurs · SA = grands projets cotés en Bourse · SCOP = projet collectif salariés associés.

Fiche par structure

Clique sur une structure pour déplier les détails (caractéristiques, dirigeant, fiscalité, social, transmission, atouts, limites).

EI — Entreprise Individuelle

Forme la plus simple · solo, sans création de société

Création : immatriculation au RCS (registre du commerce) ou à la chambre des métiers selon l'activité. Pas de capital social, pas de statuts, formalités allégées.

Personnalité morale : aucune. L'entreprise est rattachée à la personne de l'entrepreneur.

Responsabilité financière : depuis la loi du 14 février 2022 (effective 15 mai 2022), le patrimoine personnel de l'entrepreneur est séparé de plein droit du patrimoine professionnel. Seul ce dernier peut être saisi par les créanciers professionnels (sauf caution personnelle).

Dirigeant : l'entrepreneur lui-même, statut TNS (Travailleur Non Salarié).

Imposition : IR (impôt sur le revenu, catégorie BIC ou BNC). Option possible pour l'IS (assimilation à une société commerciale).

Cas particulier — micro-entreprise : régime simplifié dans le cadre de l'EI, plafonds de CA 77 700 € (services) ou 188 700 € (vente de marchandises). Comptabilité ultra-allégée.

Atouts
  • Création rapide et peu coûteuse
  • Pas de capital social
  • Patrimoine perso protégé depuis 2022
  • Comptabilité simplifiée (et ultra-simplifiée en micro)
Limites
  • Pas de personnalité morale (cession = cession du fonds de commerce)
  • Difficile de lever des fonds
  • Image moins « entreprise » qu'une société
  • Pas de séparation associé/dirigeant

EURL — Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée

SARL à associé unique · solo en société

Création : rédaction et dépôt des statuts, constitution du capital, inscription au RCS, formalités, publication d'une annonce légale.

Personnalité morale : oui. Création d'une entité juridique distincte de l'associé.

Responsabilité financière : limitée aux apports. Le patrimoine personnel de l'associé n'est pas saisi (sauf caution donnée pour un emprunt de la société).

Capital social : libre, en fonction de la taille du projet (1 € minimum, mais peu crédible auprès des banques).

Dirigeant : un gérant, qui peut être l'associé unique ou un tiers. Statut TNS si associé unique = gérant ; assimilé salarié si gérant tiers.

Imposition : par défaut IR (BIC/BNC), avec option pour l'IS.

Atouts
  • Responsabilité limitée aux apports
  • Distincte de l'EI : entité juridique séparée
  • Crédibilité auprès des banques et fournisseurs
  • Possibilité d'évoluer en SARL en accueillant des associés
Limites
  • Formalités plus lourdes que l'EI
  • Coûts de création (annonce légale, statuts, dépôt)
  • Cadre juridique de la SARL plus rigide que la SAS

SARL — Société À Responsabilité Limitée

Société commerciale · 2 à 100 associés · cadre familial ou PME

Associés : de 2 à 100. Capital libre.

Direction : un ou plusieurs gérants nommés dans les statuts ou par décision ultérieure. Le gérant peut être majoritaire (TNS) ou minoritaire/égalitaire/non-associé (assimilé salarié).

Responsabilité : limitée aux apports de chaque associé.

Imposition : IS par défaut. Option IR possible pour les SARL de famille (sans limite de durée) ou pour les SARL de moins de 5 ans (sous conditions).

Transmission : cession libre entre associés ou en famille. Cession à des tiers soumise à agrément (consentement majoritaire des associés).

Régime social du gérant :

  • Gérant majoritaire (> 50 % du capital) : TNS, cotisations moins élevées mais protection sociale moindre.
  • Gérant minoritaire ou égalitaire : assimilé salarié, meilleure protection sociale (sauf chômage).
Atouts
  • Cadre juridique sécurisé et bien connu
  • Responsabilité limitée
  • Adapté aux structures familiales (SARL de famille)
  • Coûts de création raisonnables
Limites
  • Statuts encadrés par la loi (moins de souplesse)
  • Nombre d'associés limité à 100
  • Cession à des tiers conditionnée à un agrément
  • Moins attractif pour les investisseurs que la SAS

SASU — Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle

SAS à associé unique · structure de start-up solo

Associés : 1 seul. Capital libre.

Direction : un président (associé unique ou tiers). Assimilé salarié (cotise au régime général).

Responsabilité : limitée aux apports.

Imposition : IS par défaut. Option IR possible pendant les 5 premières années (sous conditions : activité commerciale/libérale/agricole, < 50 salariés, CA < 10 M€…).

Souplesse statutaire : le grand atout — l'associé unique fixe librement les règles d'organisation, les pouvoirs, les modalités de prise de décision.

Atouts
  • Statuts ultra-souples
  • Statut social assimilé salarié = bonne protection sociale
  • Crédibilité forte auprès des investisseurs
  • Évolution facile en SAS si entrée d'associés
Limites
  • Cotisations sociales du président plus élevées (assimilé salarié) qu'en EURL (TNS)
  • Statuts à rédiger avec attention
  • Pas d'allocations chômage pour le président

SAS — Société par Actions Simplifiée

2+ associés · structure préférée des start-ups et investisseurs

Associés : 2 ou plus, personnes physiques ou morales. Capital libre.

Direction : un président obligatoire, qui peut être assisté d'un directeur général, d'un comité exécutif, d'un conseil d'administration… selon les statuts. Le président est assimilé salarié.

Responsabilité : limitée aux apports.

Imposition : IS par défaut, option IR possible < 5 ans.

Souplesse statutaire : le point fort de la SAS. Les fondateurs peuvent organiser librement la gouvernance, les pactes d'associés, les droits de vote différenciés, les clauses d'agrément, les BSPCE, etc.

Atouts
  • Souplesse maximale des statuts
  • Idéale pour levée de fonds et entrée d'investisseurs
  • Outils de fidélisation des salariés (BSPCE, AGA…)
  • Image dynamique et moderne
Limites
  • Statuts complexes à rédiger (intervention juridique nécessaire)
  • Coûts de création plus élevés que SARL
  • Moins encadrée par la loi = nécessite vigilance

SA — Société Anonyme

Grandes entreprises · cotation en Bourse possible

Associés : minimum 2 (ou 7 si appel public à l'épargne / cotation). Capital minimum 37 000 €.

Direction : 2 modes au choix :

  • Conseil d'administration (3 à 18 membres) avec un PDG ou un président + DG (séparés ou cumulés).
  • Directoire + Conseil de surveillance (modèle dualiste, plus rare).

Responsabilité : limitée aux apports des actionnaires.

Imposition : IS obligatoire.

Régime social du dirigeant : assimilé salarié (président, DG, membres du directoire). Les administrateurs ne sont pas rémunérés en tant que tels (sauf jetons de présence).

Atouts
  • Crédibilité maximale (banques, marchés, partenaires)
  • Possibilité d'introduction en Bourse
  • Levée de fonds importante
  • Cession libre d'actions entre actionnaires
Limites
  • Capital minimum élevé (37 000 €)
  • Formalisme lourd (conseil, AG, commissaires aux comptes)
  • Coûts de fonctionnement élevés
  • Pas adaptée aux petites structures

SCOP — Société Coopérative et Participative

Économie sociale et solidaire · gouvernance démocratique

Forme juridique de base : SARL, SAS ou SA, mais avec un fonctionnement coopératif imposé par la loi du 19 juillet 1978.

Associés : au minimum 2 (en SARL/SAS) ou 7 (en SA) qui sont obligatoirement salariés de la coopérative (ou destinés à le devenir).

Gouvernance démocratique : règle « 1 personne = 1 voix » en assemblée, indépendamment du capital détenu. Aucun associé ne peut détenir plus de 50 % du capital.

Investisseurs externes : peuvent entrer au capital mais sont minoritaires et n'ont pas la majorité des droits de vote.

Répartition des bénéfices : au moins 16 % en réserve (réserve coopérative impartageable) + part travail (au moins 25 % des bénéfices nets aux salariés) + part capital (rémunération limitée des associés).

Domaine : tous secteurs (commerce, industrie, services, artisanat).

Atouts
  • Modèle démocratique fortement engageant pour les salariés
  • Pérennité (réserves impartageables)
  • Image RSE forte
  • Accès aux dispositifs ESS (économie sociale et solidaire)
Limites
  • Décisions parfois plus lentes (consensus)
  • Moins attractif pour les investisseurs externes
  • Tous les associés doivent être salariés
  • Distribution de bénéfices encadrée

Mutuelles

ESS · entraide, solidarité, prévoyance

Forme : entité de droit privé à but non lucratif, régie par le Code de la mutualité.

Trois familles principales :

  • Mutuelles de santé et de prévoyance : couvrent les risques santé, accidents, prévoyance, retraite (ex. Harmonie Mutuelle, MGEN).
  • Mutuelles d'assurance : société d'assurance détenue par ses membres (ex. MAIF, MACIF, MMA, Matmut).
  • Mutuelles d'initiative sociale : actions de prévention, santé, action sociale (services de soins infirmiers, EHPAD…).

Gouvernance : démocratique, principe « 1 adhérent = 1 voix ». Pas d'actionnaires extérieurs : les bénéfices sont réinvestis dans la mutualité ou redistribués aux adhérents.

Encadrement : autorité de contrôle prudentiel (ACPR) au même titre que les banques et assureurs.

Atouts
  • Modèle solidaire (intérêt des membres avant profit)
  • Fidélité forte des adhérents
  • Image éthique et engagée
  • Pas de pression actionnariale
Limites
  • Pas de levée de fonds en Bourse
  • Croissance par fusions / regroupements plutôt qu'acquisitions
  • Cadre réglementaire spécifique et exigeant

Arbre de décision : quelle structure choisir ?

Suis les questions dans l'ordre — la première qui correspond à ta situation oriente vers la structure la plus adaptée.

Tu te lances seul·e ?

Oui, et le projet est petit / test : EI ou micro-entreprise · démarrage rapide, comptabilité allégée, plafonds de CA respectés.

Oui, et tu veux une vraie structure pro avec patrimoine pro/perso séparé : EURL (TNS, IR option IS) ou SASU (assimilé salarié, IS).

Oui, et tu veux assimilé salarié + lever des fonds plus tard : SASU.

Vous êtes plusieurs associés ?

Oui, projet familial / PME stable : SARL (SARL de famille avec option IR durable).

Oui, projet de start-up / lever des fonds / faire entrer des investisseurs : SAS.

Oui, grand projet capital ≥ 37 000 €, ambition Bourse : SA.

Oui, modèle salariés-associés / valeurs ESS : SCOP.

Le projet relève de l'entraide / non lucratif ?

Oui, action collective sans profit : Mutuelle, association loi 1901, ou SCOP selon les besoins.

Astuce E5 · Sur un cas pratique, structure ta réponse en 4 critères : 1) nombre d'associés, 2) protection du patrimoine, 3) régime fiscal et social, 4) capacité de financement. La structure recommandée découle naturellement de ces 4 critères.

À ne pas oublier — créer ne s'arrête pas au choix de la forme

Les autres décisions structurantes à anticiper

Régime matrimonial, obligations comptables, fiscales, sociales

Régime matrimonial : si l'entrepreneur est marié sans contrat, il est sous le régime de la communauté réduite aux acquêts. Les dettes professionnelles peuvent affecter les biens communs (et donc le conjoint). Solution : contrat de séparation de biens devant notaire.

Obligations comptables : toutes les entreprises (sauf micro) doivent tenir un livre-journal et un grand livre. Pièces justificatives à conserver 10 ans.

Obligations fiscales : dépôt annuel des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexes) au greffe du tribunal de commerce, publié au BODACC. Liasse fiscale pour la déclaration de résultat (IS) ou déclaration de revenus (IR).

Assemblées : AGO (Assemblée Générale Ordinaire) annuelle obligatoire avant le dépôt des comptes. AGE (Assemblée Générale Extraordinaire) en cas de modification des statuts (raison sociale, siège, capital, forme juridique).

Obligations sociales : déclaration aux organismes sociaux (URSSAF, caisses retraite…), paie, DSN, médecine du travail, document unique d'évaluation des risques (DUER).